Chroniques nelliennes 3. Lorsque le génie poétique de René Nelli enjambait les Monts d’Olmes, par Franc Bardou.

9 janvier 2012

Lorsque le génie poétique de René NELLI enjambait les Monts d’Olmes.

René Nelli et jacques Charpentier dans les ruines du château de Montaillou (1971). © Jacques Charpentier.

Dernier tenant du nom d’une famille de lointaine origine florentine, René NELLI est né à Carcassonne en 1906. C’est de la même cité audoise qu’il quittera ce monde en 1982. Entre ces deux dates, les études l’auront quelque peu rapproché de Paris, pour une courte année, puis de Toulouse où, sur le tard, il sera chargé d’enseigner, une demi journée par semaine, à l’université de Lettres. Le reste du temps, il était professeur de philosophie dans un lycée de Carcassonne. Toute sa vie intellectuelle s’établira donc dans sa cité natale. Mais pourquoi, demanderez-vous, associer dans ce cas son nom à la belle et secrète terre d’Ariège, et plus exactement aux Monts d’Olmes ? Il faut, pour répondre à cela, considérer plusieurs aspects de son œuvre.

Il se trouve que NELLI fut un éminent chercheur en Littérature Occitane, et qu’il œuvra durant de longues années à la découverte de la voie d’amour pur qu’avaient établie et mise en rimes sublimes les justement illustres troubadours des XIIe et XIIIe siècles, une « voie d’amour pur » qu’ils n’avaient pour autant jamais eux mêmes théorisée ni commentée. Ne se limitant pas à domaine-là d’études et de réflexions, NELLI se fit donc érotologue, étudiant l’évolution de l’idée d’amour depuis les troubadours occitans jusque à ses amis et compagnons d’œuvre, les Surréalistes. Certes, il étudia également les arts et traditions populaires, communément nommées « folklore », et dirigea la savante revue du même nom pendant un demi-siècle.

René NELLI, avec Jean DUVERNOY, Michel ROQUEBERT et Anne BRENON, fut l’un des quatre fondateurs des études cathares, modernes et rigoureuses, permettant de débarrasser ce phénomène spirituel médiéval, alors mal connu, de tout un amoncellement de légendes et d’absurdités se voulant ésotériques. NELLI œuvra à la fondation du Centre d’Etudes Cathares dans l’Aude.

Médiéviste des Lettres occitanes et des courants spirituels dissidents, érotologue, ethnologue, archéologue même, à ses heures, philosophe, penseur et acteur de la renaissance littéraire occitane du XXe siècle, bien sûr, NELLI fut tout cela à la fois, et il le fut brillamment. Ses principales productions savantes sont L’érotique des Troubadours, suivi de Le roman de Flamenca, un art d’aimer occitanien au XIIIe siècle, pour ce qui est de l’histoire  littéraire d’oc ; Ecritures cathares, ainsi que La philosophie du catharisme, comptent parmi les références historiographiques les plus importantes sur ce sujet, même si NELLI est surtout connu pour son petit traité La vie quotidienne des cathares du Languedoc au XIIIe siècle.

Montségur. Dessin original de Max Savy. Livre d'or du château de Bouisse. © Philippe Ramon.

Mais nous passerions complètement à côté de lui sans voir l’essentiel si nous ne nous rendions pas compte de ce qu’il fut par dessus tout : poète, et ce, dans deux langues à la fois, l’occitan et le français. NELLI, aux côtés de Max ROUQUETA, Marcèla DELPASTRE, Miquèu de CAMELAT, Bernat MANCIET, Sully A. PEIRE, marqua durablement l’histoire littéraire des pays d’Oc au XXe siècle. Or c’est en référence aux deux sites «évoqués plus haut, sites liés au drame cathare ariégeois que NELLI établit les plus formidables de ses œuvres poétiques. Ces deux œuvres, que nous évoquons ici, se dressent au cœur palpitant de ce grand courant d’excellence littéraire qui réorienta vers les hauteurs de la modernité universelle la langue encore vivante des troubadours médiévaux et des courageux félibres.

Or il se trouve que deux hauts lieux de la mémoire collective occitane rattachent l’œuvre poétique occitane de NELLI aux Monts d’Olmes.

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