
Entrée de la maison de l'Inquisition. © Charles Peytavie
Après la visite des vestiges de l’ancien Château Narbonnais, les adhérents de l’AEC présents à Toulouse le 10 mars dernier, on put découvrir d’autres lieux chargés d’histoire autour de la place du Salin à commencer par la maison de l’Inquisition.
Cette maison était à l’origine la propriété de la famille Seilan. Son nom vient probablement de la localité de Seilh (Haute-Garonne). Au XIIe siècle, les Seilan sont des hommes du comte de Toulouse. Bernard Seilan et Guillaume Seilan sont viguiers du prince toulousain dans la cité mais la famille ne semble pas faire partie de l’oligarchie locale dans laquelle se recrutent à la fin du siècle les consuls de la cité. En 1188, un certain Pierre Seilh au service du comte Raymond V est capturé par les hommes de Richard Coeur de Lion, lequel ne ménage pas sa peine pour le faire libérer. S’agit-il déjà du futur compagnon de Dominique Guzman et futur inquisiteur de Toulouse? Difficile à dire. En 1235, le comte Raymond VII de Toulouse parlant de l’inquisiteur dit qu’il avait été « de la cour de ses pères ». Mais cela ne lève pas le doute. Il faut attendre un acte de 1207 pour être sûr d’être en présence de celui qui allait abandonner son patrimoine au futur saint Dominique.
Dès que celui-ci s’installe dans Toulouse réconciliée en 1215, son projet religieux s’appuie sur l’aide de Pierre Seilan. Entre le 7 avril 1214 et le 25 avril 1215, celui-ci abandonne le service du comte vaincu par l’Eglise pour rejoindre la mission de prédication que Dominique entend mettre sur pied dans la cité toulousaine. Au début du XIVe siècle, le dominicain Bernard Gui rapportait que Pierre Seilan aimait à dire que » ce n’était pas l’Ordre dominicain qui l’avait reçu mais lui qui avait reçu l’Ordre dans ses maisons à lui« . Lorsqu’en 1216, les compagnons de Dominique quittent la maison de Pierre Seilan près du Château Narbonnais pour l’église de Saint-Rome, ils conservent en leur possession leur premier lieu de séjour toulousain. En 1233, elle devient le siège de l’inquisition toulousaine et y demeure jusqu’en 1575, date à laquelle le tribunal inquisitorial est transféré aux Jacobins.

Une partie du groupe de l'AEC s'apprête à visiter la maison de l'Inquisition. © J.-Cl. Peytavie.
L’ancienne maison dominicaine est alors transformé en vicariat observant chargé de l’apostolat dans le quartier. Mais les bâtiments se délabrent. En 1627, renonçant à les restaurer, les Dominicains toulousains entreprennent la restauration complète du lieu qui est désormais dénommé « couvent de l’Inquisition« . En 1648, on démolit ainsi l’Audience ou Salle des Jugements du tribunal de l’Inquisition. A la place, on choisit de bâtir une grande chapelle rectangulaire dont le mur sud se confond avec le rempart romain de la ville et la tour saint-Dominique en partie conservée. Cette chapelle du XVIIe siècle est devenue aujourd’hui l’auditorium Bruno de Solages de la faculté de théologie. Le magnifique plafond peint racontant la vie de saint Dominique est l’oeuvre du frère Balthasar-Thomas Montcornet (1630-1716).

Le plafond peint de la chapelle de la maison de l'Inquisition. XVIIe siècle. © Franc Bardou.
En 1771, le chapitre nationale des Dominicains décident de supprimer le vicariat, cédant aux instances de l’archevêque de Toulouse Loménie de Brienne (1763-1788) qui trouvait son nom de couvent de l’Inquisition « trop odieux dans un siècle aussi éclairé et sous un monarque aussi juste« . La maison devient alors la propriété de deux épiciers de Toulouse, les frères Combes qui l’utilisent comme dépôts. Il faut attendre 1821 pour qu’une nouvelle communauté religieuse s’installe dans les murs, à savoir des Trappistes catalans venus de Perpignan. Ils sont remplacés dès l’année suivante par des prêtres des Missions de France ou Missionnaires de France, puis en 1832 par les Jésuites. Viennent ensuite en 1860 les religieuses de Marie-Réparatrices obligées de quitter les lieux en 1901 avant d’y revenir en 1932. En 1989, les soeurs vendent l’aile orientale de la maison et l’ancienne chapelle du XVIIe siècle à l’Institut catholique de Toulouse qui y transfère sa Faculté de théologie. L’année suivante, les Dominicains rachètent le reste de l’ancienne maison Seilan; ils l’ouvrent au public à l’automne 1993.
On peut y voir la chambre dite de « saint Dominique », des souvenirs du Père Lacordaire, restaurateur de l’Ordre en France au XIXe siècle et six panneaux peints du XVIIIe siècle racontant la vie de Dominique longtemps attribués à tort semble-t-il à Balthasar Montcornet.
Publié par aecnelli
Nouvelle date dans la tournée entreprise par nos amis de l’association Lauragais au coeur avec la pièce d’Alain Calmettes « Aymeric et Guiraude de Laurac ». Ce vendredi 30 mars à 21 heures, les trente cinq bénévoles seront sur scène à la salle des fêtes de Montréal dans l’Aude. Rappelons le, ce spectacle se compose de seize tableaux retraçant les débuts de la Croisade albigeoise à travers la destinée tragique d’Aymeric de Montréal et de sa soeur Guiraude de Laurac jusqu’à leur mort après le siège de Lavaur en mai 1211.
Le jeudi 5 avril prochain à 15h, Peter T.Ricketts, spécialiste du Breviari d’Amor, donnera une conférence à Béziers dans l’amphithéâtre du Centre Universitaire Du-Guesclin sur le « Perilhos tractat de l’Amor de las dònas », les 7500 derniers vers de l’ouvrage. Gratuite et ouverte à tous, cette conférence viendra illustrer et compléter le travail fourni par P.T. Ricketts sur l’oeuvre de Matfre Ermengaud (1246-1322). Dans l’ouvrage qu’il vient tout juste de publier aux Presses Universitaires de Perpignan, Matfre Ermengaud (1246-1322) et le Breviari d’amor (15 euros), Peter T. Ricketts publie et traduit pour la première fois un extrait de ce « périlleux traité de l’amour des dames, selon qu’en ont traité les anciens troubadours dans leurs chansons » (les 657 premiers vers) dans lequel Matfre Ermengaud disserte autour de la nature de l’amour à partir des oeuvres de ses confrères et de ce que ressentent les amants. Cette conférence est une belle occasion de découvrir cette grande oeuvre didactique de la littérature occitane médiévale du XIIIe siècle dans l’attente de sa publication intégrale désormais annoncée comme imminente.